Events · August 19, 2026

Éclipse de Lune du 28 août : la métropole n'en verra que la moitié

By Jérôme Musialak

Fondateur de SkyChart

Le 28 août au matin, l'ombre de la Terre couvrira 96,6 % de la Lune. C'est une éclipse partielle si profonde qu'il ne restera, au maximum, que 6,2 % du diamètre lunaire hors de l'ombre : un liseré. Depuis la métropole, pourtant, la scène se joue à sept degrés au-dessus de l'horizon ouest, dans un ciel qui blanchit déjà, et la Lune se couchera avant la fin. Depuis Cayenne, elle sera à 72 degrés, presque au zénith, dans la nuit noire. Le même instant, le même cône d'ombre, et deux spectacles qui n'ont rien à voir.

Sept positions calculées de la Lune éclipsée entre 4 h 33 et 7 h 09 le 28 août 2026 au-dessus de l'horizon sud-ouest puis ouest de Paris, avec la forme réelle du disque mordu par l'ombre de la Terre à chaque instant.

La descente vue de Paris. Chaque disque est à sa position réelle en azimut et en hauteur ; sa forme est l'intersection calculée du disque lunaire et du cône d'ombre à cet instant. Le fond suit la hauteur réelle du Soleil : le ciel blanchit parce qu'il blanchit vraiment. Le disque est grossi neuf fois, sans quoi il ferait trois pixels. Le dernier, en bas à droite, est déjà sous l'horizon.

Illustration SkyChart

À quelle heure regarder le 28 août 2026 ?

Toutes les heures ci-dessous sont locales, pour Paris. La pénombre ne se voit pas : c'est un grisé si léger que l'œil ne le détecte qu'après coup, sur les photos. Ce qui compte commence à 4 h 33, quand le bord est de la Lune entre dans l'ombre vraie.

Le déroulé, heure par heure, depuis Paris
MomentHeure localeHauteur de la LuneHauteur du Soleil
Entrée dans la pénombre03:2326,6°−27,6°
Début de la partielle04:3320,3°−21,0°
Fin de la nuit astronomique05:0217,0°−18,0°
Maximum, 96,6 %06:127,7°−7,7°
Début du crépuscule civil06:285,6°−6,0°
Lever du Soleil07:010,9°0,0°
Coucher de la Lune07:090,0°1,4°
Fin de la partielle07:52−6,7°7,5°

Le déroulé, heure par heure, depuis Paris

La première heure est la bonne. À 4 h 33 le Soleil est à 21 degrés sous l'horizon : c'est encore la pleine nuit, et la Lune est à 20 degrés, une hauteur confortable. Ensuite tout se dégrade ensemble, la Lune descend pendant que le ciel monte en clarté. À 6 h 12, au maximum, la Lune est à 7,7 degrés et le Soleil à moins 7,7 : la symétrie est fortuite, mais elle résume la difficulté. Il faudra un horizon ouest parfaitement dégagé, sans colline, sans immeuble, sans ligne d'arbres.

Pourquoi la métropole ne verra que la moitié de l'éclipse

La phase partielle dure 3 h 19, de 4 h 33 à 7 h 52. Mais la Lune se couche à 7 h 09. Paris en voit donc 2 h 37 et en perd les 42 dernières minutes, qui se déroulent sous l'horizon. Au moment où elle disparaît, elle est encore éclipsée à 53 %, largement mordue. Ce n'est pas une éclipse qui finit, c'est une éclipse qu'on nous retire.

Il y a plus curieux. Le Soleil se lève à 7 h 01, la Lune se couche à 7 h 09 : pendant huit minutes, les deux astres sont au-dessus de l'horizon en même temps, et la Lune est encore dans l'ombre de la Terre. C'est ce qu'on appelle une éclipse horizontale, ou sélénélion. La géométrie n'a rien d'impossible : la réfraction atmosphérique relève les deux astres près de l'horizon, ce qui suffit à les faire cohabiter quelques minutes. La voir est une autre affaire, avec une Lune faiblement éclairée à un demi-degré de hauteur dans un ciel qui vient de s'allumer. Mais c'est là, et c'est calculé.

La même éclipse, sept endroits, sept spectacles

Une éclipse de Lune n'a pas de bande de centralité : quand la Lune est dans l'ombre, elle y est pour tout le monde à la fois. La morsure est identique partout sur la Terre, à la seconde près. Ce qui change d'un point à l'autre, c'est seulement la hauteur de la Lune au-dessus de votre horizon, et l'orientation du disque, que l'angle parallactique fait tourner avec la latitude.

La hauteur de la Lune au-dessus de l'horizon au maximum de l'éclipse du 28 août 2026, calculée pour Cayenne, Fort-de-France, Pointe-à-Pitre, Montréal, Paris, Papeete et Saint-Denis de La Réunion, de 71,9 degrés à moins 22,9 degrés.

Un seul et même instant, le 28 août à 04:12:49 UT. La forme mordue est rigoureusement la même partout : c'est un seul cône d'ombre. Deux choses seulement changent. La hauteur, de 71,9 degrés à Cayenne à moins 22,9 à La Réunion, où la Lune est couchée. Et l'orientation du disque : le croissant résiduel est en haut à droite à Cayenne, en haut à gauche à Papeete, à droite à Paris.

Illustration SkyChart

Hauteur de la Lune au maximum, et part de l'éclipse visible
LieuHeure locale du maximumHauteurCe qu'on en voit
Cayenne01:1271,9°toute la phase partielle
Fort-de-France00:1265,6°toute la phase partielle
Pointe-à-Pitre00:1264,0°toute la phase partielle
Montréal00:1233,6°toute la phase partielle
Brest06:1211,9°le début seulement
Bordeaux06:1211,2°le début seulement
Marseille06:128,0°le début seulement
Paris06:127,7°le début seulement
Lille06:126,6°le début seulement
Ajaccio06:126,2°le début seulement
Papeete18:125,3°la fin seulement
Strasbourg06:124,6°le début seulement
Saint-Denis de La Réunion08:12−22,9°rien, la Lune est couchée
Nouméa15:12−32,5°rien, la Lune est couchée

Hauteur de la Lune au maximum, et part de l'éclipse visible

L'écart entre Strasbourg, 4,6 degrés, et Brest, 11,9 degrés, tient en 900 kilomètres : plus on est à l'ouest, plus la Lune a de retard sur le Soleil, donc plus elle est haute quand l'ombre la couvre. Pour une fois, l'ouest de la France est avantagé. Mais tout cela reste dérisoire à côté de la Guyane et des Antilles, qui verront l'éclipse entière, en pleine nuit, presque à la verticale. Le meilleur poste d'observation français, cette nuit-là, est à 7 000 kilomètres de Paris.

Comment observer une éclipse de Lune

Une éclipse de Lune ne demande aucune protection. C'est la différence entière avec l'éclipse de Soleil du 12 août, où le moindre coup d'œil sans filtre certifié brûlait la rétine. Ici, on regarde la Lune, qui ne fait que renvoyer un peu de lumière. À l'œil nu, sans instrument, sans précaution.

  • Trouvez d'abord l'horizon. C'est le seul vrai problème en métropole : à 7 degrés, un immeuble à 200 mètres suffit à tout masquer. Un bord de mer tourné à l'ouest, une crête, un champ, un parking en hauteur.
  • Sortez vers 4 h 30, pas à 6 h. La première demi-heure est celle où la Lune est haute et le ciel encore noir, et c'est aussi le moment où la morsure grandit le plus vite.
  • Des jumelles aident beaucoup, pas pour grossir mais pour séparer les deux lumières : le liseré éclairé est éblouissant à côté de la partie dans l'ombre, et l'œil nu ne voit souvent que lui.
  • Ne cherchez pas une Lune rouge. La teinte cuivrée des éclipses totales vient de la lumière solaire filtrée par toute l'atmosphère terrestre, et elle n'apparaît que lorsque le disque entier est dans l'ombre. À 96,6 %, les 6 % restés au soleil écrasent tout le reste.
  • Pour photographier, posez le téléphone sur un appui stable et coupez le mode nuit, qui va surexposer le liseré et noyer la partie sombre.

Quand aura lieu la prochaine, vraiment visible ?

C'est l'argument qui décide de se lever ou non. Nous avons passé en revue toutes les éclipses de Lune jusqu'en 2030 et calculé, pour chacune, sa hauteur au-dessus de l'horizon parisien au maximum. Les deux suivantes sont pénombrales, donc invisibles. Celle du 12 janvier 2028 est bien placée, à 33 degrés, mais ne couvre que 3 % du disque. Celle du 6 juillet 2028 est sous l'horizon. Les totales du 31 décembre 2028 et du 26 juin 2029 rejouent exactement le problème d'aujourd'hui : 100 % d'obscuration, mais à 7 et 3 degrés de hauteur. La prochaine éclipse à la fois profonde et haute depuis Paris est celle du 20 décembre 2029 : totale, à 61 degrés, en pleine nuit d'hiver. Trois ans et quatre mois. Cela relativise sept degrés.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les heures et les hauteurs sont purement géométriques. Elles ne contiennent aucune météo, et à 7 degrés de hauteur, la météo décide de tout : une bande de brume à l'horizon, fréquente en fin de nuit d'été, suffit à annuler la scène.

Les hauteurs sont corrigées de la réfraction atmosphérique standard. Près de l'horizon, la réfraction réelle dépend de la température et de la pression : comptez quelques dixièmes de degré d'incertitude, ce qui déplace le coucher de la Lune de quelques minutes.

L'obscuration est une fraction de surface, pas une luminosité. À 96,6 %, la Lune reste facilement visible à l'œil nu : le liseré non éclipsé est encore des centaines de fois plus brillant que le reste du ciel. La différence entre 99 % et 100 % n'est pas graduelle, elle est de nature.

Le rayon de l'ombre retenu ici est celui de la convention classique, majoré de 2 % pour tenir compte de l'atmosphère terrestre qui élargit le cône. Selon la convention choisie, l'obscuration au maximum varie de deux dixièmes de point. Cela ne change rien à ce que vous verrez.

Enfin, tout ce qui précède est calculé pour des lieux précis. Si vous n'êtes ni à Paris ni à Cayenne, les heures des contacts sont les mêmes pour vous, mais pas les hauteurs : la carte du ciel de SkyChart les recalcule pour votre position. Et si vous avez manqué l'autre éclipse de ce mois d'août, celle du Soleil, nous l'avions calculée ville par ville.

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