Events · August 14, 2026

Mercure et Jupiter se frôlent le 15 août : la conjonction la plus serrée du semestre

By Jérôme Musialak

Fondateur de SkyChart

Demain 15 août, avant l’aube, les deux astres les plus brillants du ciel du matin seront séparés de 0,75 degré. Jupiter à la magnitude −1,78, Mercure à −1,19 : deux points francs, plus éclatants que n’importe quelle étoile du ciel d’août, tenant dans un cercle une fois et demie plus large que la pleine Lune. C’est la conjonction planétaire la plus serrée du second semestre 2026 ; la suivante, Mars et Jupiter à 1,19 degré, n’arrivera que le 16 novembre.

Il faut dire tout de suite ce que la plupart des articles taisent : ce sera difficile. Le minimum absolu de séparation, 0,55 degré, tombe à 12h43, en plein jour, et donc invisible. Au moment où les deux planètes se lèvent, elles sont à douze degrés du Soleil, dans une aube qui blanchit déjà. Tout se joue en une quarantaine de minutes, entre quatre et neuf degrés de hauteur.

Le dégradé de l’aube au ras d’un horizon marin entièrement dégagé, du bleu nuit à l’orange, sans le moindre relief.

Voilà l’horizon qu’il faut, et c’est tout le sujet de cet article : à quatre degrés de hauteur, une colline, une haie d’arbres ou un immeuble annulent la scène. Photo d’illustration ; le 15 août, Mercure et Jupiter se tiendront dans ce dégradé, à l’est-nord-est, entre 66 et 71 degrés d’azimut.

Stijn te Strake · Unsplash

Trois quarts de degré, ça représente quoi à l’œil nu ?

La pleine Lune mesure environ un demi-degré. Les deux planètes seront donc espacées d’une fois et demie ce diamètre : à bout de bras, un peu moins que la largeur d’un petit doigt. Un champ de jumelles standard fait cinq à sept degrés : elles y tiendront ensemble, largement, avec de la place autour. À l’œil nu, elles resteront deux points bien distincts, jamais fusionnés.

Une précision qui évite un contresens fréquent : une conjonction est un effet de perspective, rien d’autre. Mercure et Jupiter ne se rapprochent pas. Elles sont alignées dans notre direction de visée, et séparées dans l’espace par plusieurs centaines de millions de kilomètres.

Le vrai obstacle n’est pas la séparation, c’est la hauteur

Mercure se lève à 5h29, Jupiter à 5h34. L’aube nautique a commencé cinq minutes plus tôt, à 5h24 ; l’aube civile est à 6h08 et le Soleil se lève à 6h43. La scène monte donc dans un ciel qui s’éclaircit exactement au même rythme. Voici les deux courbes, calculées pour Paris.

Le matin du 15 août à Paris : hauteurs, azimut et séparation
HeureMercureJupiterAzimutSoleilSéparation
5h300,1°−0,6°60°−10,7°0,75°
5h502,7°2,0°64°−8,0°0,73°
6h105,5°4,8°68°−5,1°0,72°
6h308,5°7,9°71°−2,2°0,70°
6h4010,1°9,4°73°−0,7°0,69°

Le matin du 15 août à Paris : hauteurs, azimut et séparation

Le compromis saute aux yeux dans le tableau : plus on attend, plus les planètes montent, et plus le ciel devient clair. La fenêtre utile va de 6h00 à 6h25, quand le couple passe de quatre à huit degrés avec un Soleil encore sous −3°. Avant, c’est trop bas ; après, le fond de ciel a gagné.

L’azimut est le second chiffre à retenir : entre 66 et 71°, c’est-à-dire est-nord-est. Pas plein est. Beaucoup de gens rateront la scène pour avoir regardé vingt degrés trop à droite.

Comment s’y prendre, concrètement

Il faut un horizon est-nord-est absolument dégagé : une colline, une haie d’arbres ou un immeuble de quatre étages à deux cents mètres suffisent à tout annuler. Repérez le lieu la veille, de jour. Une plage orientée au nord-est, un plateau, un viaduc, un champ moissonné : ce qui compte est la ligne d’horizon, pas l’altitude.

Commencez à l’œil nu vers 6h00 : Jupiter, la plus brillante des deux, sortira la première du bleu. Mercure, un demi-degré plus haut, demandera souvent des jumelles pour être accrochée, puis se laissera voir à l’œil nu une fois repérée. Des jumelles 8×42 ou 10×50 sont l’instrument idéal ici : le télescope n’apporte rien à si basse hauteur, où la turbulence atmosphérique fait bouillir les images.

Une seule précaution, mais elle est absolue : rangez les jumelles avant 6h30. Le Soleil se lève à 6h43 dans la même direction, à quelques degrés de là, et balayer l’horizon aux jumelles pendant qu’il apparaît expose à une brûlure rétinienne immédiate, indolore et définitive. Ce n’est pas une précaution de principe : c’est exactement la configuration où les accidents arrivent.

Et si demain matin il pleut ?

La scène reste belle plusieurs matins. Le 14, les deux planètes sont à 2,2° ; le 16, à 1,3° ; le 17, à 3,0°. Autrement dit, le matin du 16 août est un excellent repli : la séparation reste inférieure au double de la pleine Lune, dans les mêmes conditions de hauteur. Au-delà du 18, Mercure s’éloigne vite, d’environ 1,8° par jour.

Pour vérifier ce que donne votre horizon depuis votre position exacte, la carte du ciel de SkyChart recalcule les deux hauteurs et les deux azimuts pour votre latitude, minute par minute.

Les limites de ces chiffres

Les positions sont topocentriques, calculées pour Paris et corrigées de la réfraction atmosphérique standard. Près de l’horizon, la réfraction réelle dépend de la température et de la pression : comptez quelques dixièmes de degré d’incertitude sur les hauteurs, ce qui déplace de quelques minutes l’heure à laquelle les planètes sortent vraiment de votre horizon. Les magnitudes sont celles de l’instant, hors extinction atmosphérique : à quatre degrés de hauteur, l’atmosphère en retire de l’ordre d’une magnitude et demie. Enfin, aucune de ces valeurs ne contient de météo, et à quatre degrés la météo décide de tout.

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